PRESENTATION DE L'ACCORD DE LIBRE-ECHANGE

ENTRE LE MAROC ET LES ETATS-UNIS

 

 

I – Rappels

 

 

1.      Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le Président Georges W. Bush ont décidé, à l’occasion de la Visite Royale à Washington (20-24 avril 2002),  d’établir une zone de libre-échange entre le Maroc et les Etats Unis d’Amérique, affirmant, par-là même, la volonté des deux pays de renforcer leurs relations bilatérales.

 

2.         La conclusion d’un tel accord constitue la consécration d’un processus bilatéral marqué par une succession d’accords économiques entre les deux pays : Accord sur la non double imposition de 1977, Accord sur les investissements (« Bilateral Investment Treaty », BIT) de 1985 et enfin, le Trade and Investment Framework Agreement (TIFA) signé en 1995 à l’occasion de la Visite Royale à Washington de Feu Sa Majesté le Roi Hassan II. Le TIFA constitue l’étape préliminaire à la conclusion d’un accord de libre-échange.

 

Cet accord s’intègre également dans le cadre de la politique d’ouverture équilibrée de l’économie marocaine, initiée depuis le début des années 80.  Cette orientation repose sur une libéralisation du commerce extérieur national notamment marquée par la conclusion d’un certain nombre d’accords de libre échange avec les principaux partenaires du Maroc : Union Européenne, Association Européenne de Libre Echange (AELE), Monde arabe dans le cadre de l’Accord d’Agadir (Avec la Tunisie, l’Egypte et la Jordanie) ou dans le contexte de la Ligue Arabe. Des accords similaires sont en cours de finalisation avec certains pays africains (UEMOA), et européens (Turquie, Roumanie).

 

L’Accord de libre-échange avec les Etats Unis s’inscrit parfaitement dans la stratégie globale d’ouverture maîtrisée de l’économie marocaine et de son intégration dans l’économie mondiale.

 

3.         Les procédures institutionnelles internes aux Etats Unis, relatives à la négociation d’accords commerciaux internationaux ont retardé l’ouverture officielle des négociations. En effet, ce n’est que le 1er août 2002 que le Gouvernement américain a pu faire adopter par le Sénat la Loi «Trade Promotion Authority » (TPA). Aux termes de cette importante décision, l’Administration américaine est désormais habilitée à mener des négociations commerciales internationales, sans que le Congrès puisse amender les accords ainsi conclus, mais seulement les approuver ou les rejeter dans leur intégralité.

Une fois la TPA adoptée, le Gouvernement des Etats Unis a engagé la procédure interne de lancement des négociations avec le Maroc. Dans ce cadre l’USTR – instance chargée des négociations commerciales internationales et placée directement auprès du Président américain – a adressé, le 1er octobre 2002, une lettre au Congrès lui notifiant officiellement l’intention du Gouvernement américain de négocier un Accord de libre-échange avec le Royaume du Maroc (Cf. Annexe 1).

 

Un délai de 90 jours étant requis, conformément à la TPA, avant le démarrage des négociations, celles-ci ont effectivement débuté en janvier 2003.

 

Le Royaume du Maroc a, pour sa part, mis à profit cette période pour procéder à :

 

i-  L’installation de l’équipe interministérielle de négociation, composée d’experts qualifiés dans chaque domaine d’activité et rompus aux techniques de la négociation commerciale internationale.

 

ii- La réalisation d’une première évaluation de l’accord de libre-échange, tant sur le plan macro-économique qu’au niveau des différents secteurs d’activité.

 

iii- La tenue d’une série de consultations – interministérielles et  avec le secteur privé – pour examiner les différents contours et dimensions possibles de cet Accord, afin de se préparer à la négociation ;

 

De même, une action de sensibilisation a été menée à Washington, notamment auprès du Congrès américain. Ainsi, 55 Congressmen ont-il signé une lettre de soutien à l’accord de libre-échange entre les deux pays (Cf. Annexe 2). Une démarche similaire a été conduite auprès du secteur privé américain et a abouti à la création d’un groupe de travail : le FTA Business Coalition, constitué, aujourd’hui, des représentants de 78 entreprises et associations professionnelles intéressées par un partenariat avec le Maroc. Celles-ci se sont engagées, chacune dans son secteur et son environnement,  à faire connaître le Royaume et les opportunités d’affaires qu’il offre, à travers des fora, conférences ou autres manifestations. (Cf. Annexe 3).

 

 

II – L’Accord de libre-échange avec les USA : des opportunités réelles

 

Tant par ses enjeux que par les thèmes traités et les champs concernés, l’accord de libre-échange avec les Etats Unis revêt une grande importance pour le Maroc.

 

Cet accord est à vocation exclusivement économique et commerciale. Il organise le développement des échanges de biens et services entre les deux pays dans un cadre maîtrisé, au regard des différences de développement socio-économique. En particulier, il offre des opportunités réelles et immédiates pour les exportations marocaines sur le marché américain, qui représentent aujourd’hui, à peine  0,03% des importations américaines totales.

 

Il contribue également à consolider le processus de réformes et de modernisation économique engagé au Maroc depuis plusieurs années, tout comme il renforce la vocation du Maroc  comme « plate-forme » pour les investissements extérieurs de toutes origines, en prévision d’un accès préférentiel à plusieurs marchés, européens, américains et arabes.

 

1.         Promotion des exportations et création de nouvelles opportunités commerciales

 

Les Etats Unis sont le 6ème partenaire commercial (6ème client et 9ème fournisseur) du Maroc. Le Royaume vient, quant à lui, au 73ème rang des partenaires commerciaux des USA.

 

Le volume global du commerce bilatéral Maroc - Etats Unis reste faible. Il se chiffrait, en 2003, à 850,3 Millions US.$ (Chiffres provisoires). Les parts de marché respectives représentaient, en 2002, près de 3.3 % du commerce global marocain et 0.05 % du commerce global des Etats Unis. (Cf. Annexe 4).

 

L’accord accordera aux exportations marocaines une plus grande ouverture du marché américain et aux importations du Royaume, une plus grande compétitivité au niveau des sources d’approvisionnement.

 

Il est à noter, enfin, que les exportations vers les Etats Unis représentent 2.9 % du total des exportations marocaines et s’élèvent  à 2793 MDH. Les exportations vers le Maroc représentent 0.08 % du total des exportations américaines. Les importations en provenance des Etats Unis représentent 3.4% du total des importations marocaines, soit 4382 MDH. Les importations des Etats Unis en provenance du Maroc représentent 0.03% des importations totales américaines.

 

2.           Attractivité des investissements et diversification de la coopération économique

 

Les investissements américains au Maroc n’ont pas été très réguliers sur les cinq dernières années. Se chiffrant à 3467.7 MDH en 1997, ils ont atteint 417.9 MDH en 2000, pour se situer à 1069, 5 MDH en 2001.

 

Il existe donc un important potentiel de croissance du flux des investissements américains. L’accord vise à développer l’attractivité du Maroc, tant pour les investisseurs américains désireux de s’y installer et exporter vers les Etats Unis, l’Europe, l’Afrique ou le monde arabe, que pour les entreprises d’autres pays voulant entrer sur le marché américain à des conditions préférentielles.

 

 

III – L’Accord de libre-échange avec les USA : une démarche concertée

 

La négociation de l’accord de libre-échange entre le Maroc et les Etats Unis est le fruit d’un processus de concertation et de dialogue entre les différentes entités gouvernementales et privées à l’échelon national. Cette démarche concertée visait à tirer le meilleur parti de cet accord et d’en évaluer les contours, en associant les différents intervenants dans la conception de la position marocaine.

 

1.         Organisation des négociations

 

A cette occasion, une nouvelle méthodologie de travail a été mise en place. Le dispositif de négociation de l’accord de libre-échange avec les Etats Unis s’est articulé autour de 13 groupes thématiques, regroupant, sous la coordination du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération, une trentaine de Départements ministériels et Organismes impliqués dans la négociation.

 

Chaque groupe était présidé par le représentant d’un département déterminé et composé des délégués de Ministères et organismes concernés par le thème. Les membres de chaque groupe avaient pour mission de communiquer la position de leurs départements respectifs sur le thème de négociation considéré.

 

Tout au long du processus de négociations, des réunions hebdomadaires de coordination se sont tenues au niveau des chefs de Groupes, afin de faire le point sur l’état d’avancement des travaux, d’assurer une fluidité de la circulation de l’information et ménager la nécessaire cohérence de la position globale marocaine.

 

Enfin, plusieurs réunions ministérielles ont été organisées pour faire le bilan de la négociation en cours et/ou pour statuer sur des questions sectorielles et spécifiques.

 

2.         Concertation avec le Parlement

 

La concertation a été également menée avec des Représentants de la Nation. C’est dans ce cadre que plusieurs réunions d’information et de concertation ont été tenues au siège du Parlement avec, notamment les Honorables membres de la Commission des Affaires Etrangères.

 

Le Gouvernement de Sa Majesté le Roi a également répondu à plusieurs questions orales sur le sujet devant les deux Chambres, apportant, ainsi, des éclaircissements sur le déroulement de ces négociations et répondant à des interrogations précises sur les différents volets et secteurs.

 

3.         Concertation avec le secteur privé

 

Depuis le lancement des négociations en janvier 2003, l’association du secteur privé au processus de négociation de l’accord de libre-échange, à travers  une concertation institutionnalisée et générale, a été l’un des axes centraux de la démarche marocaine, dans le souci d’assurer un échange de vues permanent sur les objectifs assignés et les difficultés rencontrées. (Cf. Annexe 5).

 

C’est dans cet esprit que plusieurs réunions se sont tenues avec les représentants de diverses associations et entités professionnelles à vocation nationale (CGEM, ASMEX, GPBM, FCCIS), ainsi qu’avec les fédérations et autres représentations sectorielles.

 

La CGEM a, dans ce cadre, désigné un groupe de travail pour assurer le suivi de cette coordination. Pour sa part, le Conseil National du Commerce Extérieur (CNCE) a institué une Commission chargée d’accompagner cette négociation, via des groupes de travail sectoriels et thématiques.

 

Tout au long du processus, chacun des 12 groupes de négociation a assuré une coordination étroite et permanente avec le secteur privé qu’il représente, afin d’arrêter une position commune, concertée et cohérente et d’élaborer des offres et propositions marocaines qui tiennent compte des réalités et des préoccupations des opérateurs et professionnels marocains.

 

Il y a lieu de souligner que pour certains groupes de négociation, des concertations ont été également menées avec les ONG.

 

4.         Rencontres directes entre négociateurs américains et le secteur privé marocain

 

Dans le même esprit de concertation, il y a lieu de noter l’organisation d’un certain nombre de rencontres avec les secteurs privés des deux pays.

 

Ainsi, en marge du 1er round de négociations (Washington, 21-24 janvier 2003), l’US-Morocco FTA coalition a organisé un déjeuner pour présenter aux milieux économiques américains les opportunités d’affaires avec le Maroc, tant au niveau du développement des exportations, que sur le plan du soutien aux réformes économiques.

 

 

En juin 2003, le Négociateur en Chef américain a rencontré, à Casablanca, les représentants de la communauté d’affaires américaine au Maroc réunis au sein de l’AMCHAM.

 

En octobre 2003, la partie américaine a rencontré les représentants du secteur privé marocain, en l’occurrence les responsables de la CGEM, la Fédération des Chambres de Commerce, d’Industrie et des Services, l’ASMEX et le GPBM afin d’échanger les points de vue sur les perspectives et l’impact de la conclusion d’un tel accord sur les deux pays.

 

Enfin, un autre axe de cette stratégie a consisté en la promotion maximale de l’accord, et la concrétisation, au plus tôt de ses objectifs.  Un Programme d’action, portant sur un ensemble de manifestations et de rencontres à caractère commercial et sur l’investissement, a été établi à cet effet.

 

 

V – L’Accord de libre-échange avec les USA : déroulement des négociations

 

Tout au long des négociations, le Maroc a veillé, de manière rigoureuse, à faire prévaloir ses spécificités économiques et ses réalités sociales pour aboutir à un accord adapté, se distinguant de tout modèle préétabli.

 

Les travaux du 1er round de négociation (Janvier 2003 à Washington), ont été consacrés principalement à un échange d’informations et à des discussions et débats sur les attentes de chacune des parties quant à l’accord projeté. La partie marocaine a présenté l’environnement macro-économique du Royaume et la vision nationale dans les différents secteurs d’activité, en insistant sur la sensibilité de certains d’entre eux, tels celui de l’agriculture. Elle a souligné la nécessité d’aboutir à un accord de libre échange adapté aux spécificités, aux contraintes et aux réalités socio-économiques du Maroc.

 

Les deux parties ont poursuivi leurs contacts et l’échange d’informations au cours des mois de Février et de Mars, avant de tenir des discussions techniques, la semaine du 24 Mars 2003, à Genève.  Au cours de ce second round, les groupes ont, de manière générale, passé en revue un premier projet de texte. La partie marocaine a mis à profit cette rencontre pour présenter, de façon détaillée, sa vision et évaluer les positions américaines.

 

 

A l’occasion du troisième round (juin 2003 à Rabat), les deux parties ont poursuivi leurs discussions sur la base de réactions et contre-projets. Certaines parties du texte ont fait l’objet d’un accord de principe.

 

Lors du quatrième round (juillet 2003 à Washington), les deux parties ont continué l’examen des dispositions restées en suspens dans certains chapitres, notamment l’investissement, les marchés publics, le droit du travail, l’environnement, les droits de propriété intellectuelle, les services et les questions juridiques. En matière d’accès au marché, les deux parties ont progressé dans l’élaboration des listes de démantèlement. De même, il a été procédé à l’échange des offres initiales agricoles.

 

Au cours du cinquième round (octobre 2003 à Rabat),  les différents groupes de négociation ont poursuivi leurs travaux de manière intensive, avec pour objectif de finaliser les différents chapitres avant la fin de l’année 2003. A l’exception des volets « agriculture », « textile », « questions juridiques » et « services » tous les autres groupes étaient dans la phase finale de leurs travaux.

 

Les travaux du sixième round (Janvier 2004, à Washington) se sont donc focalisés sur les questions restées en suspens, et qui représentaient un intérêt majeur pour le Maroc. Il est à relever que, suite à ce sixième round, les groupes « agriculture », « services » et « questions juridiques » ont multiplié leurs contacts.

 

C’est à l’issue d’un septième et dernier round de négociation (février –mars 2004, à Washington), que les deux parties ont trouvé un compromis sur les questions restées en suspens, ce qui a permis d’annoncer la conclusion des négociations le 2 mars 2004.

 

Une fois signé, l’accord entrera en vigueur après l’échange des instruments de ratification et la finalisation des procédures constitutionnelles de chacun des deux pays.